Pierre FAURE

1904-1988

 

  Pierre FAURE, prêtre de la compagnie de Jésus, enseigne d’abord les Sciences, puis est nommé à l’Action Populaire où il participe à la réflexion sur les problèmes contemporains sociaux et internationaux… Puis l’étude des problèmes d’éducation et en particulier l’école lui est confiée. En 1938, il crée le Centre d’Etudes Pédagogiques (CEP) et en 1945 la revue « Pédagogie » qu’il dirigera pendant 27 ans, écrivant dans chaque numéro… Il observe et il est de plus en plus convaincu de ce que l’école, terre de rencontres, est l’enjeu de l’avenir : elle doit être de qualité car l’Etat a besoin d’hommes de quallté. Son attention se porte alors sur les enfants, quels qu’ils soient et d’où qu’ils soient, et sur leurs maîtres. Il voyage et visite des établissements en France et à l’étranger, rencontre des pédagogues, des enseignants, approfondissant ainsi ses propres connaissances. 

  En 1947, à Paris, rue de Madrid…il ouvre sa première école de formation des maîtres pour les classes enfantines et primaires, en même temps qu’une école d’application qui accueillera ses élèves jusqu’en classe de quatrième. Cette école pendant cinq ans recevra de nombreux visiteurs de France et de l’étranger. ..

 

   En 1959 il fonde un second centre de formation rue de Sèvres, puis un 3ème à l’Institut Catholique de Paris (1966) destiné aux maîtres des enfants en difficulté…

  Dès 1952, il anime des sessions pédagogiques, y mobilisant enfants et enseignants. Ces mini-écoles de 2 à 3 semaines Fance, Egypte, Liban,  Brésil, Espagne, Canada, Salvasor, Mexique, Colombie, Chili, Nicaragua…) suscitent la création de classes, de lieux de formation (…).

Formé à l’école rigoureuse de la Compagnie de Jésus, il se réfère à la pédagogie ds Ecoles Nouvelles, à l’œuvre de Edouard Seguin et de Maria Montessori, à Hélène Lubienska de Lenval (rencontre-clé pour lui) ainsi qu’à Emmanuel Mounier et Louis Lavelle. Dans une approche de l’enfant, plus lasallienne qu’ignatienne, se révèlent de nombreuses convergences avec Saint Jean-Baptiste de La Salle, indépendant et « homme libre ». Il dépasse les conflits et les tensions. Au-delà des techniques qu’il met au services des valeurs chrétiennes,  devançant les neurosciences, sa pédagogie « éducation de l’homme conscient » se veut pesonnalisante, « pédagogie constructive de la personnalité, fondée sur une anthropologie, légitimée par une théologie » (…)

Visionnaire sans doute, mais aussi réaliste, homme d’Espérance, il a ouvert des chemins dont la pertinence s’est actualisée et a dynamisé des enseignants qui poursuivent sa recherche. (…)

Extraits de la notice d’Anne-Marie AUDIC in Dictionnaire historique de l’Education Chrétienne d’expression française » p.272-273

30 ans déjà...

Le 10 janvier 1988 décé-dait à Pau, à 84 ans, un jésuite bordelais, combattant héroïque de la pédagogie qui , de 1937 à 1982, sera demeuré sur la brèche. Présent tout d’abord au débat politique sur l’école, bien vite chez lui la défense de l’école catholique cède le pas à ce qui sera son com-bat pour une école de qualité. Il laisse sans doute der-rière lui des écrits… Il a publié une quinzaine d’ou-vrages mais il laisse surtout des hommes et des femmes dont il a transformé leur regard sur l’enfant.


De l’école il ne suffit pas d’écrire ou de parler : « Les « superficiels », les « m’as-tu vu » qui craignent toujours d’être en retard d’une nouveauté se contentent de verbaliser. Dans l’action, ils sautent sur des réalisations et des techniques nouvelles; en méconnaissant l’esprit, ils ne situent pas leurs vraies finalités. De là des catastrophes et, après les premiers élans prometteurs, les déconvenues, le scepticisme. Rien ne se fait de vrai, de solide qui n’ait été personnellement pensé ou repensé, vécu et expérimenté, confronté avec les buts que l’on poursuit. » (Revue Pédagogie, octobre 1968).


En 1940, le Père Faure rencontre Madame Hélène Lubienska de Lenval, disciple depuis plus de 20 ans de Maria Montessori. Dès les premiers contacts, il est séduit par cette « personnalisation de l’enseignement » où il retrouve sans peine les orientations fondamen-tales de la pédagogie traditionnelle des jésuites… Mais cette rencontre ne fait pas de lui un disciple qui se contente de répéter.


Ce scientifique qui a connu ses premières aventures pédagogiques dans des classes de sciences sait ce que signifie l’expérimentation. Aussi sa vie va-t-elle se jouer dans un va-et-vient jamais interrompu entre l’école pour les enseignants et l’école d’application, où avec des maîtres et de futurs maîtres, des élèves s’exercent à se découvrir eux-mêmes dans les apprentissages que l’école leur propose. Il fonde à Paris, en 1947, dans le cadre du Centre d’Etudes Pédagogiques, sa première école d’éducatrices pour les classes enfantines et primaires qui sera transférée rue Louis David en 1952... A côté de cette école, comme son complément naturel, il installe « l’école d’application de la rue de Madrid ». La vie de celle-ci sera brève, 5 ans seulement, mais son impact dans le climat de recherche de l’après guerre sera grand, et les visiteurs viendront vite de plus loin que la France.


Bientôt (1952) naissent les sessions pédagogiques d’été chaque année… Le Père Faure mobilise pour cela des écoles et des enseignants qui ont déjà travaillé avec lui et qui viennent partager et poursuivre leur expérience avec des collègues. Plus surprenant, il parvient à rassembler des élèves, tout heureux de venir travailler de façon intéressante bien que ce soit les vacances. Ces élèves sont indispensables car, pour lui, une session pédagogique ne se conçoit qu’en vraie grandeur, dans une classe vivante.
Ces mini-écoles de 2 ou 3 semaines que sont les sessions s’organisent en France mais aussi à l’étranger. Chaque année, elles atteignent en moyenne un millier de participants. La seule liste des pays où elles se tiennent est impressionnante bien qu’elle soit certainement incom-plète : Egypte, Liban, Tunisie, Maroc, Espagne, Portugal, Canada, Salvador, Nicaragua, Saint Domingue, Venezuela, Colombie, Chili, Brésil, Mexique. Dans ces rencontres, il provoque, il met en marche et il laisse le goût de créer et de fait, après son passage, des écoles en enseignement personnalisé se créent...

 

 Extraits de l’article paru dans le journal « La Croix » des 14-15 février 1988.