1. MONTESSORI, L'ESPRIT ET LA LETTRE

 

Transformer ses pratiques de classe
à la lumière de la pédagogie Montessori


Pierre Faure s’est beaucoup inspiré de Maria Montessori, en particulier pour les jeunes enfants de 3 à 6 ans. C’est pourquoi il nous a semblé important de signaler ce livre récent écrit par Bérengère Kolly, maître de conférences en Sciences de l’Éducation à l’Université Paris-Est-Créteil. Celle-ci interviendra dans le cadre du colloque « De Maria Montessori à Pierre Faure. Convergences et différences ». que notre Association organise à L’Institut Catholique de Paris le samedi 16 mars 2019.


Cet ouvrage entend être un complément aux différentes publications qui abordent les « techniques » Montessori et les activités possibles à partir du matériel montessorien. Il revient sur ce qui fait le cœur de la pédagogie et rappelle le sens de la démarche montessorienne.
Il s’adresse aux éducateurs montessoriens et à tous les enseignants qui voudraient modifier ou auraient déjà modifié leurs pratiques selon cette pédagogie. À la fois théorique et pratique, il s’appuie sur les principaux textes de Maria Montessori et donne de nombreux exemples et conseils.
Il revient sur la pensée de Maria Montessori et rappelle les grands principes qui fondent sa pédagogie : une pensée de l’enfant comme être spécifique, une remise en question de l’adulte, une affirmation de la nécessité de donner à l’enfant des clés pour qu’il se saisisse au mieux du monde qui l’entoure. Il insiste sur la démarche éthique de l’enseignant et sur la proposition radicale de la « libération » de l’enfant dans la classe.
Il aborde également une dimension peu connue de la démarche montessorienne :
la formation de la société enfantine et la coopération dans la classe.
Il tente enfin également de restituer la pensée montessorienne dans son contexte historique et de souligner ses implications philosophiques.
Le titre est une référence à Claparède, qui indiquait dans les années 1920 que la valeur de la pédagogie montessorienne se mesurait autant à sa « lettre » qu’à son « esprit ».
Ce titre rappelle ainsi que les techniques ne suffisent pas à faire une pédagogie : toute pédagogie doit être habitée et incarnée, ici par une démarche particulière de l’adulte, qui reconnaît à l’enfant sa liberté fondamentale et sa puissance particulière à être au monde.


Bérengère Kolly


 


Sommaire de l’ouvrage :


I. Trois notions pour comprendre l’enfant : esprit absorbant, périodes

   sensibles et normalisation
1. S’inscrire dans l’humanité : « l’esprit absorbant »
2. Les périodes sensibles
3. La croissance psychique et la « normalisation »
II. Libérer l’enfant : éducation sensorielle, « matériel » et discipline de soi
1. Approfondir sa présence au monde : l’éducation sensorielle
2. Favoriser la puissance
3. L’enfant et le mouvement : liberté et discipline de soi
4. Considérer l’enfant comme un être digne du monde : réel et imaginaire
5. Le temps de l’enfant
III. Le maître ou la maîtresse montessorienne
1. L’agir montessorien : trois postulats
2. L’agir montessorien : le triangle topogénétique des actions du maître
3. L’agir montessorien : pratiques spécifiques
IV. La vie éthique
1. De la formation de la société dans la pensée montessorienne
2. De la maîtrise de soi au « corps collectif des enfants »
3. Volonté et obéissance : l’apparent paradoxe montessorien
Envoi : un plaidoyer pour l’enfance

2. L'HOMMAGE DE ¨PIERRE FAURE

 On trouvera ci dessous l’hommage que Pierre Faure a rendu à Maria Montessori lors de son décès (in Pédagogie n°10, 1952)
 
« Ce n’est pas sans émotion que les éducateurs ont appris, en mai dernier, la mort de la Doctoresse Montessori. A l’âge de 81 ans, elle faisait preuve d’une activité intellectuelle qui étonnait . Elle prenait encore la parole dans les Congrès; de sa voix posée et bien timbrée, elle répondait sans lassitude aux questions ardues de pédagogie que lui soumettaient ses collaborateurs et ses visiteurs. Cette maitrise frappait qui l’approchait. Elle procédait de l’intérieur. Maria Montessori ne cessait de méditer sur l’enfant avec une lucidité sans sécheresse, avec une tendresse sans sensiblerie, ne cessant d’admirer en lui, dans sa fraicheur et comme à sa source, l’œuvre créatrice de Dieu.
 
Doctoresse en médecine, formée à l’observation scientifique rigoureuse et femme de cœur, précise dans ses affirmations longuement mûries, et de façon poétique  pour les exprimer, Maria Montessori domine de haut la pédagogie contemporaine. Ceux là que leur idéologie matérialiste éloigne le plus de ses principes éducatifs admirent ses découvertes psychologiques; ceux qui méprisent ses techniques didactiques vantent sa profonde connaissance de l’enfant.
 
Toutefois ne nous y trompons pas, sous les louanges unanimes, chacun cherche à flatter ses propres convictions. Les tenants de l’Ecole  Nouvelle se réclament d’elle comme l’un de leurs premiers leaders qu’ils auraient dépassé. Ceux de l’Ecole traditionnelle ignorent peut-être que Maria Montessori  préférait la plus vé
tuste de leurs écoles à la plus brillante des écoles nouvelles. C’est qu’elle savait bon sens garder, plus même  qu’il ne paraît dans certains de ses premiers écrits. Sa formation catholique et latine lui ont fait d’instinct éviter les aberrations et l’expérience l’avait instruite.  Si elle voulait pour l’enfant l’activité créatrice qui aide l’homme à se construire en mettant à l’exercice toutes ses facultés,  elle avait horreur du désordre dans les occupations, de l’amateurisme et du bricolage, proches du caprice et qui tournent à l’anarchie.
 
Résolument spiritualiste, elle manque de précision et commet des confusions lorsqu’elle parle de la vie spirituelle; mais elle s’élève avec vigueur contre toute pédagogie qui n’assure pas à l’esprit et à la conscience la primauté. Elle rejette les formes d’enseignement concret qui enlisent l’enfant dans le sensible sous le prétexte de passer par les sens. En réaction contre l’intellectualisme abstrait d’un Descartes et le sensualisme désuet d’un Condillac, elle veut que soit respectée la vraie nature de l’homme, que le corps soit l’instrument de l’esprit.
 
L’enfant a besoin d’activité musculaire et d’expression concrète, mais cette activité ne doit pas être dissociée de son activité intellectuelle et il faut que toutes deux procèdent de l’intérieur. Alors s’établit cet équilibre que nous appelons maîtrise de soi sur le plan moral, attention et concentration sur le plan intellectuel, santé sur le plan physique. L’enfant croît en toutes ses dimensions, il progresse. Toute intervention inutile de l’adulte fait obstacle à ce progrès véritable et durable car l’enfant ne peut établir en lui cette harmonie et se dépasser que par ses propres efforts. Aux parents, aux éducateurs, d’aider de l’extérieur à ce grand travail intérieur, avec toute la compréhension et toute la fermeté d’une affection désintéressée.
 
Ces hautes leçons restent valables, chacun peut les méditer. S‘il est prématuré de dresser un bilan de ce que la psychologie de l’enfant et la didactique des branches de l’enseignement doivent à la Doctoresse, son œuvre et l’exemple de sa longue vie, toute donnée aux enfants, demeurent pour tous un merveilleux simulant. »
 
                                                                                                                              Pierre Faure