L'INTERIORISATION

 

LA LECON DE SILENCE

« Le silence intérieur est le lieu de la rencontre de l’âme avec Dieu »

« Le silence est une conquête sur soi et un triomphe sur le monde »         

                                    Hélène Lubienska de Lenval

Concrètement la leçon de silence suit une progression d'exercices physiques qui durant une quinzaine de minutes amènent  les élèves par la maîtrise du geste et du mouvement  à l'immobilité et au silence.

 

L'appel vient personnaliser la démarche intérieure et  mettre en "disponibilité "    pour reprendre  une  activité motivante. C'est la mise en disposition pour un exercice scolaire qui demande de l'attention : leçon difficile, explication d'une notion,  présentation d'un outil didactique.

C'est aussi le moment de l'écoute d'un beau texte, d'une musique.... C'est peut-être le temps de la prière ou pour le moins du recueillement.

Photo : A.Faury

                                         Silence absolu et absolue immobilité.

La première étape de la leçon de silence est la marche sur la ligne.

 Elle commence par un rassemblement des enfants sur la ligne dite « ligne Montessori » tracée au sol. Des exercices physiques sont proposés sur, à l’intérieur, à l’extérieur de cette ligne. Ils sont tous orientés vers la connaissance du corps, la maîtrise des gestes, l’entraînement à l’attention. Mais l’exercice difficile reste la marche sur cette ligne : un pied touchant l’autre ; marche arrière ; marche avec un objet sur la tête (un sac de sable…) marche sur la pointe des pieds…selon des rythmes précis lents, accélérés… La mise au calme est très progressive.

 Puis arrive le moment de l’immobilité. Assis ou debout l’enfant (et le groupe) est disponible, calme, et reposé. Il peut alors écouter les bruits extérieurs qu’il entend encore et en faisant silence écouter les bruits plus précis que sont la respiration, le mouvement d’un corps, une chose qui passe.

 Rendu attentif, Il peut rester en silence une, puis deux minutes complètement concentré. Trois minutes est un record.

Mais si à l’immobilité et au silence, nous ajoutons l’appel, cher à Maria Montessori, alors l’enfant prend conscience de sa disponibilité intérieure (appel à voix basse qui fait se déplacer, tout doucement sans qu’on l’entende, l’enfant qui rejoint sa place ou rejoint un groupe).                         

  « Il répond à son nom du plus conscient de lui-même, non pour se précipiter sur des choses à prendre, des actes à faire, mais pour être tout à tous » P. Faure

                                                                                                      Monique Le Gall

  • SAVOIR SE TAIRE

L e silence est d’or dit le proverbe. Les éducateurs l’oublient trop souvent. Ceux qui en ont fait l’expérience en connaissent les vertus. « Il faudrait bâillonner les enseignants » disait Madame Montessori. Il est vrai que, la plupart du temps, le maître parle trop et les élèves pas assez. Il parle pour se faire comprendre, pour expliquer, pour répéter, pour corriger, pour sanctionner…Il parle tout le temps, même lorsqu’il sait qu’on ne l’écoute pas, même lorsque la sonnerie retentit…Parler est si rassurant. Cela donne bonne conscience et cela procure même du plaisir.

 

Silence en Travail Personnalisé.

 

Dans une classe ou un atelier en enseignement personnalisé, l’ambiance de travail et de recherche dépend bien sûr de l’environnement qu’on aura su créer. Des consignes sous forme d’affiches suffiront pour donner les indications générales et dispenseront de toute autre explication orale. Les fiches ou directives de travail devront également être aussi sobres que précises pour rendre inutile toute intervention du maître.

 

Pendant le temps réservé aux travaux personnels, l’enseignant se doit de montrer l’exemple en se déplaçant sans faire de bruit. Pour rester disponible à tous, il doit éviter de répondre directement à toutes les questions. Mieux vaut renvoyer l’enfant rechercher en lui-même, dans la documentation, ou auprès d’un camarade plus avancé. C’est toujours le même objectif : Faire en sorte que chaque élève se prenne lui-même en charge, qu’il apprenne à apprendre, qu’il devienne lui-même. Alors pourquoi tant parler ? Pourquoi se précipiter à faire à la place de l’élève ? Qu’on lui donne donc les moyens de travailler et le goût de réussir ! Un regard ferme et exigeant, les yeux dans les yeux, un sourire suffisent bien souvent et sont bien plus efficaces qu’un long discours. Et surtout, il faut garder la ferme conviction que chacun est capable de progresser.

 

Silence en Mise en Commun.

 

Après le travail personnel, l’enseignant est naturellement l’animateur des séances collectives. Mais il peut aussi, de temps en temps, laisser sa place à un élève. C’est un exercice difficile, mais combien éducatif. Il a surtout l’avantage d’empêcher le maître de trop parler. Mais l’adulte veillera à ce que l’élève-animateur donne bien la parole à tous et qu’il laisse chacun exprimer complètement sa pensée. A la fin, il montrera ce qui est positif et aussi ce qu’il conviendrait d’améliorer. Il pourra parfois conclure la séance par une intervention aussi brève et synthétique que possible. Sa parole sera alors d’autant plus écoutée et comprise qu’elle sera rare.

 

Silence pour faire régner l’ordre

 

L’enfant a une conscience et une intelligence. Encore faut-il savoir y faire appel. Laissons donc parler ce langage intérieur et veillons à ce que l’esprit soit en activité. Peut-on d’un signe, d’un geste, d’un regard calmer le nerveux, encourager l’indécis, secouer l’apathique ? C’est ce que les psychologues appellent « la communication non-verbale ». Sauf dans des cas quasi-pathologiques, tout enfant peut se rendre immédiatement compte de son erreur ou de son indiscipline sans que l’adulte gesticule ou s’époumone.

 

Silence pour apprendre le silence.

 

Dans son livre au titre si évocateur « Le silence à l’ombre de la parole », Hélène lubienska de Lenval nous rappelle que « tout enfant est par nature contemplatif et poète ». C’est pourquoi elle va même jusqu’ à proposer une pédagogie fondée sur le silence et les rites à l’exemple de la séculaire tradition monastique. Plus modestement, entre les travaux personnels et ceux collectifs, nous conseillons un temps de psychomotricité pendant lequel prendra place une véritable leçon de silence, leçon à laquelle tenaient tant Seguin et Montessori. Cette leçon aura pour but de découvrir les bienfaits du calme intérieur et aussi d’apprendre à écouter sa pensée et tous ces bruits parfois insolites auxquels on ne fait généralement pas attention.

 

Le silence est-il ennuyeux ?

 

De telles classes où le maître se tait doivent être bien ennuyeuses penseront certains. Pour les enfants et les jeunes, certainement pas car ils seront en constante activité. Ils n’auront pas envie de parler à tort et à travers. Ils auront leur travail. Ils exprimeront ce qu’ils ont découvert par la parole ou par tout autre moyen. Pour l’enseignant, l’activité ne sera pas moindre. Elle sera différente. Son principal rôle sera alors d’observer, d’encourager, de guider et de contrôler. Il pourra aussi réfléchir aux progressions et aux instruments de travail qu’il propose à ses élèves pour les améliorer. Sa plus grande satisfaction sera de voir les jeunes arriver à se passer de lui pour grandir et se construire eux-mêmes.

 

Jean Marie Diem