L'ATTITUDE DE L'EDUCATEUR

Sommaire :

1. Y a-t-il un professeur-type ?  (Monique Le Gall)

2. L'exercice de l'autorité (Monique Le Gall)

3. Le suivi personnalisant de chaque élève (Laure Gaultier)

4. Que fait l'enseignant s'il n'enseigne pas (Jean Marie Diem)

5. Un brin d'humour, pourquoi pas ? (Jean marie Diem)

 

         1. Y a-t-il un professeur-type ?
 
  Dans une classe, Les enfants ne sont pas seuls en jeu. Face à eux, il y a les professeurs  et de ceux-ci il ne faut pas se faire une idée abstraite : il n’y a pas de professeur- type. Le maître en-soi est une utopie. Chez les enseignants non plus, on ne rencontre pas des personnes aptes  à tout enseignement, ni à toute façon d’enseigner. Eux aussi possèdent des personnalités déterminées, plus fortes ou du moins plus durcies que celles naissantes des enfants. Ils ne peuvent faire abstraction d’eux- mêmes dans leur façon d’enseigner.
 
  Il y a parmi les enseignants des esprits concrets et des esprits abstraits, des analystes et des synthétiques, des mémoires étendues et des mémoires plus modestes, des élocutions plus assurées et des débits incertains, des tons expressifs et des voix monotones, des caractères dominateurs et des persuasifs ou des suggestifs. Certains aiment raconter des histoires et d’autres les lire….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 


 

 

 

 

L’éducation est marquée par une organisation des rapports entre deux  personnalités : celle du maître et celle de l’élève. La difficulté qui provient de la pluralité des  élèves complique l’établissement de ce rapport, mais n’en modifie pas la nature. Le problème essentiel  qui s’impose à tout enseignant reste toujours celui-ci :
 
  Comment vais-je personnellement organiser le programme et les activités de la classe de manière à utiliser au mieux mes connaissances, mes ressources,  mes capacités, mes goûts,  afin de rendre mon enseignement  aussi fructueux pour mes élèves que passionnant pour moi
 
  Mais le problème ne se pose pas seulement pour les aspects positifs de la personnalité du maître. Il  concerne aussi ses défauts, ses défaillances physiques, psychiques, intellectuelles. Personne n’est épargné.
 
  Deux conditions, et non pas une, deviennent nécessaires, pour que l’acte pédagogique soit d’une efficience maximale.
 
  Il ne suffit pas de connaître les enfants ; il faut aussi se connaître. Pas de préjugé. Chacun a sa méthode de travail particulière, et travaillera d’autant plus efficacement qu’il pourra la mettre en jeu. Plutôt que de s’alarmer sur les manques, il faut travailler à se connaître pour  tirer le meilleur parti de ce que l’on est et de ce que l’on a.
 
  Il est profitable  de garder intact sa faculté d’adaptation et de développer une diversité

d’approches dans la formation. 

 

Monique Le Gall

 

              2.  L'EXERCICE DE L’AUTORITE
 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa compétence lui donne autorité. Il maîtrise sa discipline et prépare avec soin ses enseignements. Mais ce n'est pas tout.  S’il propose, conduit, exige,  suscite l'intérêt, sinon la passion, il le fait parce qu'il a l'assurance d'être écouté, suivi,  apprécié.  Il sait où il va et vers quoi il mène ses élèves.  

​  Le groupe, pas plus que le jeune, ne lui fait peur. Il sait se mettre à la portée de chacun. Il a défini les lois et les conditions de fonctionnement et il sait les imposer.  Il parle posément, avec respect et assurance et il sait autant que de besoin faire silence.  La voix est  contrôlée et le regard posé sur l'interlocuteur, sans oublier la nécessité d’une attention permanente au groupe.  Les consignes sont claires et concises.  Le maître aide à voir les choses telles qu'elles sont. Il trouve les moyens adaptés à chacun, ne permet pas de s'engluer dans l’immédiateté et de persister dans l'erreur. Il aide aussi à choisir, c'est à dire à renoncer et à assumer, puis à s’ouvrir à la rencontre et au partage. Il incite et encourage à prendre des responsabilités et contribue au développement et à l'accélération de la maturation Il adapte ses exigences  pour chacun et pour tous. Il croit aux capacités de ses élèves et le leur prouve. L'autorité bien exercée vise à susciter le progrès du jeune. Elle est comme un soutien d'une volonté naissante, un accompagnement qui aide à vouloir.   

 

  Dans le cadre plus particulier de la pédagogie personnalisée l'autorité n’a d’autre ambition que l'intérêt de l'élève. Le maître s'efface pour que l'élève soit actif et participant. C'est celui-ci  qui apprend, qui travaille, qui corrige, qui rend compte, qui partage... Il connait sa tâche, les chemins à parcourir et les échéances à respecter. Il s'organise et, à son rythme et dans le temps qui lui est donné, assure ses activités sous l'œil vigilant de son maître et avec son soutien. Lorsque l’élève travaille, il ne peut pas être indiscipliné. Une classe réellement active ne connait pas le chahut.
 
  L’ autorité s’apprend et elle est le fruit de l’expérience et de aussi de la persévérance. L'autorité est nécessaire, légitime et respectueuse. Elle génère de l'estime, de la bienveillance, de la considération réciproque.
 
« la seule autorité possible est fondée sur la compétence, elle grandit l'autre » (Michel Serres)

 

    Monique le Gall
 

  Dans la définition de l'autorité « augere », il y a la notion de commander, d'être obéi. Il y a surtout la notion de faire grandir. C'est particulièrement celle-ci qui, dans le cadre de de l'enseignement personnalisé, motive le professeur et l'entraîne à transmettre les valeurs du travail, de la réussite, de la connaissance de soi et de la responsabilité personnelle. A l'école, c'est  le maître qui a autorité pour faire grandir ses élèves intellectuellement, physiquement, socialement, spirituellement.   La démarche importante pour le professeur est d'accueillir chacun pour ce qu'il est vraiment, de le promouvoir dans sa personnalité et  face aux autres. Il est le garant de ses apprentissages et de ses progrès. Il l'enseigne. Il le mène vers sa maturité d'homme ou de femme dans la cohésion, l'harmonie en lien avec les institutions et les familles.  

3. Le suivi personnalisant de chaque élève 

 

Une des particularités de la pédagogie personnalisée est de pouvoir donner la parole à chaque élève. Lorsque l'enfant a achevé sa tâche, il vient voir l'enseignant, en fonction des normes établies dans la classe, pour faire valider son travail avant de tout ranger soigneusement. C'est alors un moment d'échange en tête à tête avec l'enfant...

 

Cet échange interpersonnel, partie intégrante du travail personnalisé, aide l'enfant à se connaître, à comprendre son fonctionnement et à accepter que celui-ci lui soit  propre, qu'il soit différent de celui de son voisin. L'enfant prend conscience de ses capacités, de ses points d'appui, aidé par le dialogue bienveillant avec l'enseignant...

 

Le questionnement socratique tente alors de faire accéder chaque élève au célèbre  « connais toi toi même ». Associé à la manipulation de l'outil, ce travail de métacognition permet à l'enfant d'ancrer profondément dans sa mémoire les images mentales et les savoirs faire, il lui apprend également à devenir autonome en prenant confiance en ses capacités.

 

Ce contact direct de chaque enfant avec l'enseignant permet également de nourrir le besoin d'attachement au développement  nécessaire de sa personnalité. Par l'échange qui vient valider chaque travail, l'enseignant aide l'élève à prendre conscience de ses possibilités, lui montre combien il est parvenu à repousser ses limites par l'acquisition de nouvelles compétences et contribue ainsi à la construction d'une appréciation positive  de l'enfant, reflet de ses qualités, de ses aptitudes et de ses limites; appréciation qui est la base de l'estime de soi...

 

Ce que l'enfant croit être capable de faire a autant d'impact sur sa réussite scolaire que ce qu'il est réellement capable de faire.

 Cet échange interpersonnel va permettre à l'enseignant d'aider chacun à conserver une bonne estime de soi, étant conscient  que le regard que l'enfant porte sur lui se construit à travers le regard porté par autrui, en particulier par le  regard de l'adulte.

 

 Cela explique aussi l'importance du soutien de l'enseignant face à un élève en difficulté. « Quand l'échec est reconnu et parlé, il est le commencement d'une vie nouvelle et même souvent d'un plus de vie » Christian Salenson cf : Habiter nos  espaces de libertés

 

Dans le cadre du travail personnalisé, le suivi de l'élève ne se cantonne plus à l'évaluation de celui-ci, il s'agit bien davantage d'un  accompagnement, d'une manière d'épauler l'enfant pour le guider  vers sa réussite à lui, pour l'aider à trouver son propre chemin, à acquérir les compétences du programme  officiel, mais aussi pour apprendre à s'épanouir avec les autres et à trouver sa place au sein d'une communauté.

Laure Gaultier

Enseignante en classe de travail personnalisé

4. QUE FAIT L'ENSEIGNANT

                     S'IL N'ENSEIGNE PAS ?

A cette question, Maurice Feder répondait invariablement : « Et bien, il fait tout ce qu’il peut pour que les élèves travaillent ! » En enseignement personnalisé, l’activité du maître n’est pas moindre qu’en pédagogie traditionnelle. Elle est différente. Il n’y a plus guère de cours ou de conférences à préparer. Il n’y a plus à « faire classe ». Le rôle du professeur n’en est pas moins primordial.
Il lui faut d’abord choisir et préparer soigneusement les outils de travail qui permettront à l’élève d’apprendre par lui-même. Il lui faut établir des programmations par matière et des plans de travail. Il lui faut ensuite choisir les exercices qui permettront à l’élève de découvrir des notions mais aussi de s’exercer seul ou avec d’autres et de se contrôler ou de se faire contrôler. Pour les plus jeunes, il faudra préparer des manipulations selon des progressions bien établies. Pour les plus grands il faudra rédiger des indications de travail claires et précises. Certains outils existent dans le commerce. Mais bien souvent ce sera au maître d’ inventer et de confectionner de nouvelles démarches, de nouveaux exercices. Et surtout il lui faudra sans cesse les perfectionner.
Pendant les séances de travail personnalisé, l’activité la plus importante est l’observation. Le maître passe sans faire de bruit auprès de chacun pour prendre conscience de ses progrès ou de ses difficultés. Il demande à l’un d’expliquer ce qu’il est en train de faire, à un autre de justifier ses choix. Observation des élèves mais aussi observation des outils proposés. Sont-ils clairs ? Sont-ils utilisés convenablement ? Le matériel est-il bien à la place qui lui est réservée ?
Le maître doit savoir se taire pour respecter le travail des élèves. Se mettre à l’écoute est parfois bien difficile pour des adultes habitués à parler, désireux d’expliquer, de commenter, voire de briller. Et Maria Montessori avait raison lorsqu’elle disait qu’il « faudrait bâillonner les enseignants ! » Un simple
signe, un regard, un geste suffisent bien souvent pour calmer l’élève quelque peu agité ou bruyant, pour encourager l’indécis, secouer l’apathique, réveiller le rêveur...Le tout est de faire preuve d’une certaine fluidité pour passer d’un élève à l’autre, d’un exercice et d’une matière à une autre.
L’objectif de l’éducateur est de créer un climat nécessaire à la recherche. Cela passe par une attitude constante de confiance et de mise en valeur de chacun. Il s’agit de motiver, d’éveiller la curiosité, de soulever l’enthousiasme. Cela n’exclut pas un minimum d’exigences et de rigueur : chaque élève doit apprendre à ne pas gêner les autres, à aller jusqu’au bout d’un travail, à respecter les progressions. Bien sûr Le professeur devra aussi contrôler. Mais il devra veiller à ne pas vouloir tout contrôler et à se laisser entièrement accaparé par cette fonction.
Après le travail personnalisé vient généralement un moment de silence et d’expression corporelle. Puis ce sera l’heure de « la mise en commun » qui nécessite également une préparation ce qui n’exclut pas parfois une certaine improvisation. Le professeur se transforme alors en animateur. Il donne la parole à chacun à tour de rôle. L’un parlera de ce qu’il a fait en travail personnalisé et de ce qu’il pense faire le lendemain. Un autre parlera de la bonne exécution de ses responsabilités au sein de la classe ou de l’école. Pendant ce temps communautaire, l’enseignant pourra aussi donner quelques instructions ou recommandations. Il est bien évident que ce rôle à plusieurs facettes, etpour beaucoup entièrement nouveau, nécessite un minimum de formation.


Jean Marie Diem

5. UN BRIN D'HUMOUR, POURQUOI PAS


 Les âneries, sottises, maladresses, stupidités et autres perles des enfants nous font rire. Elles font sans doute moins rire leurs auteurs. C’est que l’humour est à double tranchant. Il peut avoir des effets aussi bien positifs que négatifs. il faut donc l’utiliser avec quelques précautions.  
 
S’il y a des milliers de livres humoristiques, il en existe très peu qui étudient l’humour de manière sérieuse et scientifique. Les ouvrages du Professeur israélien Avner Ziv en font partie. Ce chercheur a étudié plus particulièrement l’humour en éducation. Sa principale conclusion c’est que, bien utilisé, l’humour peut avoir de véritables pouvoirs magiques en ce domaine.  
 
En premier lieu, chacun peut observer que l’humour détend l’atmosphère et crée un climat joyeux et agréable. En famille, il peut améliorer les relations parents-enfants surtout si elles sont tendues ou simplement un peu difficiles. Le rire peut réduire les tensions et même parfois rétablir une autorité un instant menacée. En classe, un  mot drôle de l’enseignant ou une petite blague seront appréciés des élèves et pourront les surprendre. Avec un brin d’humour, les adultes peuvent établir un meilleur contact et rendre leur capacité de persuasion plus aisée. Mais attention, l’adulte qui fait constamment le clown ne sera guère apprécié des enfants et des jeunes qui pourront le trouver bizarre et peu efficace. De plus il faut, en famille comme à l’école, proscrire complétement l’ironie ou le sarcasme qui ont des effets désastreux et inhibants. Il ne s’agit pas de rire des enfants, encore moins de les ridiculiser mais de rire avec eux.
 
Ensuite, il apparait que l’humour peut faciliter les apprentissages et favoriser la compréhension et l’assimilation. Ceux qui s’occupent de publicité ou de politique savent bien que l’humour est un instrument puissant pour capter l’attention et faire évoluer les comporte
ments. Chez les jeunes, il est prouvé que ce qui est drôle ou inattendu sera mémorisé plus facilement. Et surtout les notions découvertes grâce à l’humour resteront plus longtemps dans la tête des enfants. Aussi rien n’interdit à l’enseignant d’ introduire un peu d’humour dans ses exposés et même dans ses directives de travail ou d’évaluation. Un simple mot  avec un point d’interrogation ou un dessin drôle peuvent suffire à éveiller la curiosité  et à capter l’attention des jeunes sur des sujets qui, habituellement, les laissent de marbre et leur paraissent bien éloignés de leurs préoccupations.
 
A la veille d’un examen, un petit mot humoristique pourra relâcher la tension et réduire l’anxiété. Sauf si l’angoisse est trop forte, auquel cas l’humour ne fera que perturber le jeune davantage.  
 
Pour être efficace dans l’apprentissage, l’humour devra être soigneusement préparé. Cela ne va pas toujours de soi et il n’est pas toujours évident  d’introduire des supports ou des remarques humoristiques dans l’ enseignement.
 
L’humour stimule enfin la créativité. Il aide à voir les choses et la vie sous des angles différents. Les enseignants ne devraient pas se limiter à transmettre des  connaissances bien établies. Leur rôle est aussi d’ inciter les enfants à penser de manière indépendante et de leur apprendre à développer leur esprit critique. L’humour est l’un des moyens qui peut contribuer au développement de la créativité. Un exemple tout simple :  demandez donc aux élèves de relater, mais de manière humoristique, une histoire qui leur est arrivée . Vous serez bien surpris de leurs talents et de leur sens de l’humour !
 
                                                                                                            Jean Marie Diem